 Dans ce troisième Concerto (1877) de Reinecke, le piano tient une place prépondérante qu’annonce un début à découvert énonçant la thématique de l’œuvre. Il occupe ensuite la majorité de l’espace tant en soliste ou accompagnant l’orchestre de façon légère et habile durant les tuttis. L’orchestre, relativement discret, renforce le rythme dramatique d’un discours au romantisme élégant, passionné et sensible. Le Konzerstück (1853) est constitué de trois mouvements s’enchainant sans interruption. On y retrouve ce style mélodique romantique et délicat ponctué d’accents dynamiques. Le soliste déploie une virtuosité volubile s’étendant sur les différents registres du piano à grand renfort d’une écriture arpégée caractéristique du compositeur. Le deuxième Concerto (1901) de Sauer comporte quatre mouvements s’enchainant animés de motifs thématiques se transformant habilement au gré de la composition. Les premières notes nous entrainent dans un univers mystérieux et quasi exotique introduisant une œuvre aux épisodes affirmés et nerveux contrastant avec d’autres tendrement mélodieux, voire populaires aux rythmes dansants et folkloriques, ou au lyrisme majestueux et enthousiaste. L’inventivité y est remarquable tant au niveau de la variété du discours que du dynamisme des couleurs orchestrales en faisant une œuvre originale, contrastée et captivante ne manquant pas d’esprit ni de fantaisie. (Laurent Mineau)  Le présent enregistrement — non pas The Last de la série, mais seulement The Latest, ce qui augure d’autres passionnantes découvertes — apporte la réponse à l’énigme posée par le volume 85 de cette série « alibabesque », et plus encore ! En effet, nous y trouvons le troisième Concerto pour piano Ut majeur op. 144 de Reinecke, daté de 1877, le plus abouti en ses trois amples mouvements, de l’aveu même du compositeur, et qui a la particularité de commencer par un appel du piano comme l’op. 58 de Beethoven et les op. 22 et 29 de Saint-Saëns. S’y adjoint le plus rare et virtuose Konzertstück op. 33 de 1853 dédié à son maître Moscheles (1794-1870) qu’avaient naguère enregistré Andrea Kauten, Joshua Pierce et Sontraud Speidel. Mais, à la vérité, ce qui fait le prix de ce disque c’est bien l’enregistrement du second Concerto en Ut mineur d’Emil von Sauer (1862-1942), son op. 254, composé en 1901. Compositeur prolifique pour l’instrument dont il était le dernier authentique gardien et représentant de la tradition Lisztienne, Sauer était aussi un pédagogue recherché : Stefan Askenase, Elly Ney, Helene Morsztyn, Raymond Trouard, Jorge Bolet et Angelica Morales, sa seconde épouse, bénéficièrent de ses conseils. Le premier Concerto avait été enregistré en première mondiale par Stephen Hough dans le volume 11 de la série Hyperion. Le second n’était connu jusqu’alors que dans la version d’Oleg Marshew (Danacord). Or c’est là une œuvre remarquable, en quatre mouvements enchaînés par la technique de la transformation thématique, et dont l’Andante pénultième constitue une des réussites majeures du répertoire des concertos romantiques. À découvrir absolument d’autant que Simon Callaghan apporte à l’ensemble des œuvres ici enregistrées non seulement une brillante virtuosité mais également une fine sensibilité bien soutenue au reste par les musiciens helvètes et leur chef Modestas Pitrenas. (Jacques-Philippe Saint-Gerand)

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