 Belle idée, faire précéder le grand Quatuor plein de bruits de nature que Dvorak écrivit dès son retour de New York, où il l’avait esquissé, des 5 Fantasiestücke composées par le jeune Samuel Coleridge-Taylor alors qu’il était encore étudiant au Royal College of Music de Londres. Titre allemand pour l’opus du quarteron, et en effet Brahms et Schumann passent en filigrane, mais ce lyrisme a fleur de peau, cette liberté du discours, ces bonheurs mélodiques disent assez combien , encore étudiant Samuel Coleridge-Taylor possède déjà son univers. Tout un nouveau monde de musique y parait, singulier dans cette Angleterre, coloré, vibrant dès le merveilleux Prélude puis dans l’Andante dont les raffinements ont un petit coté Delius. Les Takacs ont rapproché les deux opus car ils entendent des similitudes entre la capricieuse Humoresque et le Scherzo de l’avant-dernier Quatuor de Dvorak. Pourquoi pas, mais les deux univers sont absolument distincts, Coleridge-Taylor pimente ses accointances germaniques avec l’imagination coloriste venue de France (et encore une fois avec l’exotisme relatif de Delius) , alors que Dvorak, retrouvant sa chère Bohème noie les quelques thèmes notés entre New York et Chicago dans une vaste balade entre prairies et bois. Caloroso, avec un sens parfait des rythmes exubérants et des harmonies panthéistes, leur opus 106 est emporté, vibrant, assez irrésistible et toujours porté par cette plénitude harmonique que signe leur jeu à pleins archets. Ils ajoutent une merveille antérieure de douze années, cet Andante appassionato au chant si pur pourtant ôté du Quatuor qu’il composait alors (l’opus 12). Inexplicable renoncement pour cet incunable si troublant, ajout majeur au parcours Dvorak inspiré des Takacs, second volume pour Hyperion, mais commencé, ne l’oublions pas, sous étiquette Decca, avec l’opus 51 et le Quintette op. 81 où les avait rejoint Andreas Haeffliger. (Jean-Charles Hoffelé)

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