 Très jeune nous arrangeâmes quelque ariette oubliée des rues (cela s'appelle un tube de l'été) pour mélodica et ophicléide, ou sarussophone (c'était une province à marché aux Puces, toute une bourgeoisie quasi posthume y semblait elle-même à chiner). Hors jalousies d'usage, ce fut tempête musicale dans un verre à moutarde, et l'œuvrette manqua la toujours si partiale postérité. Nous ne survivrons que par des apocryphes, tout le monde ne pouvant pas mobiliser son réseau sur le seul nom exagéré de Bach ou Mozart. Tenez, l'Art de la fugue : de l'accordéon au quatuor à cordes en passant par l'orgue, toute transgression instrumentale (surtout là où rien n'est précisé) continuera de fonctionner, tant le cantus firmus thématique de pareille génialité (disons, en soi le filigrane compositionnel) nous oppressera toujours le palpitant. Wolfgang Amadeus lui-même (c'était commercialement juteux) réduisait ses concertos pour piano avec quatuor ou quintette à cordes. Mais concernant cette reconstitution quand même un peu de bric et de broc qu'on appelle son Requiem, l'affaire est un peu plus rare. La présente formation viennoise sur instruments d'époque, plus nombreuse sur d'autres de ses performances, nous en donne cette fois-ci (et ils ne sont pas les premiers, cf. les Debussy) une version pour quatuor à cordes d'autant plus convaincante si l'on a déjà bien ce grand tube classique à l'oreille. Bref, comme c'est le cas avec des versions qui existent aussi pour piano, voire la version pour solistes, chœur et piano à quatre mains de Czerny, à proprement parler une re-connaissance, sans laquelle on reprochera peut-être un certain manque d'émotion, d'emportement et, lâchons le mot, de tragique (qui viendrait compenser l'absence de masse sonore, notamment du chœur). L'expérience demeure toutefois fort intéressante, dans la limite d'une leçon élégiaque qui ne serait pas assez des ténèbres. Prends donc ça, ô Peter Lichtenthal (ami et fils du compositeur, qui fit cet arrangement de la première version du Requiem), et mets ta crémeuse dentelle parfumée faite mouchoir par-dessus. (Gilles-Daniel Percet)  The peculiarity of this CD by the Austrian ensemble Pandolfis Consort playing on period instruments is that Mozart’s “Requiem” is presented here in the version for string quartet made by his contemporary Peter Lichtenthal, therefore going not only without choirand orchestra, but also without vocal soloists. Everything is focused on the four voices of the strings, which creates a special intimacy and intensity. As the founder of the Pandolfis Consort, the violist Elzbieta Sajka-Bachler, suggests, this ingenious version,made by the composer at the time to popularize Mozart's music in Italy, has the character of chamber music and music making because “the small space brings the listeners closer together than a concert hall”. Tears, sorrow, pain, but also hope can be experiencedhere especially close.
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