Les musiques pour piano présentées dans ce triple disque sont parmi les dernières compositions de Morton Feldman (1926-1987), longues pièces (Triadic Memories se répartit sur deux CD) étendues de tout leur long dans le temps, si discrètement mobiles qu’elles semblent à peine se mouvoir, émouvantes dans leur étalement d’huile – comme on le dit d’une mer calme, sous la surface de laquelle la vie est pourtant infinie. Car si Feldman crée sa propre esthétique sonore, il la doit en partie à ses amitiés, avec d’autres musiciens bien sûr (John Cage, Christian Wolff…), mais aussi à nombres de peintres dont il est proche (Mark Rothko, Philip Guston…), comme si yeux et oreilles, au fond, ne faisaient qu’une source de perception, plus globale. For Bunita Marcus, comme les deux autres pièces de l’album, se structure sur des séries répétées et permutées, expressives (contrairement au sérialisme européen, souvent plus abstrait) et dont la répétition n’est pas l’objectif premier (en opposition au noyau dur du minimalisme américain) : même au cœur de son processus de composition, Feldman reste plus instinctif que formel, et c’est bien cela qui rend sa musique si poignante. (Bernard Vincken) Feldman’s music is gentle and beautiful. Feldman’s music shines. It is music that surrenders itself completely to beauty and preserves the second concept of beauty. With this three-CD set, Alfonso Gómez continues his exploration of contemporary classics of the second half of the 20th century for KAIROS. Feldman’s monumental Triadic Memories and For Bunita Marcus frame the popular Palais de Mari, his last work for piano. Feldman’s music can be contemplated in beautiful tranquility and by us together with our ears; and it is music in which we may wonderfully lose ourselves.
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