 L’effectif réduit contribue au caractère intimiste de l’œuvre. Le poème de Bernard de Clervaux, en faveur dans le courant piétiste du luthérianisme du temps, est illustré avec fidélité par le maître de Lubeck : d’une structure semblable, chacune des sept cantates célèbre la gloire d’un des membres du Christ en croix. Pour cette Passion, l’affliction du chrétien au récit de la mort du Christ est en filigrane, mais l’amour et la ferveur mystique gouvernent l’ensemble, avec des effets figuralistes-doloristes qui s’inscrivent dans le siècle (la sonata in tremulo qui ouvre la deuxième cantate, par exemple). Deux violons, la basse continue (dont évidemment un orgue) accompagnent ici les 17 chanteurs du chœur Marc’Antonio Ingegneri, dont sont issus les cinq solistes. Il faut ajouter les violes de gambe, requises pour la sixième cantate (Ad core), trois d’entre elles dialoguant avec la voix de basse. La prise de son, réalisée lors d’un concert public, accuse les limites des instrumentistes, consciencieux. A la différence des enregistrements reconnus, les brèves sonates d’ouverture de chacune des cantates sont ici jouées avec un legato quasi constant, les ritournelles privées de leur caractère dansant (accusé par certains interprètes, dont Fasolis). Ceci contribue à plonger l’auditeur dans cette atmosphère recueillie qui marquera la réalisation. On n’est pas dans un drame, comme avec Gardiner, on n’est pas dans la prémonition colorée d’une Passion de Bach (cf. Jacobs), on est dans une forme de méditation émue. Le chef adopte des tempi retenus, y compris pour les allegros, les minutages des trois dernières cantates sont parmi les plus importants. Ceci n’exclut pas les contrastes qu’appellent le texte et la musique, tant s’en faut. Le chœur, aux phrasés soulignés, chante et respire, articule, accentue si besoin. Sans atteindre la qualité des plus célèbres, sa prestation est pour le moins honorable. Tout comme celle des solistes, modestes en comparaison des vedettes convoquées par tel ou tel. Amateurs de sensations fortes, d’ivresse sonore, cherchez ailleurs. Mais l’unité de conception, l’exigence constante qui se traduit par une cohésion enviable font que CD, en dehors des sentiers battus, apporte un éclairage singulier à une œuvre qui ne l’est pas moins. (Yvan Beuvard)  The Ensemble and Choir Marc’Antonio Ingegneri of Cremona conducted by Vatio Bissolati propose an interesting and inspired live performance of Membra Jesu Nostri BuxWV 75, a cycle of seven cantatas composed by Dietrich Buxtehude in 1680, known as the first Lutheran oratorio. The feet, knees, hands, side, chest, heart and face of the crucified Christ are interpreted allegorically in each of the seven cantatas, that follow the scheme “instrumental introduction (Sonata) – choral movement with biblical texts (Concerto) – vocal solo (aria) – repetition of the choral movement” (Concerto).
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